Nicole Ferroni: rions un peu -mais pas trop- avec notre planète

Chaque semaine, la comédienne Nicole Ferroni débite sa chronique humoristique au pas de course dans la matinale de France Inter. En ce mercredi 15 novembre 2017,  c’est « l’Appel des 15000 » [lien abonnés ici ou original en anglais] qui a retenu son attention, 3’36 minutes de direct distillant constats et vérités scientifiques . Étonnante chronique pour une heure de si grande écoute. Encore plus étonnant : que le texte initial peu relayé dans les médias se retrouve dans cette rubrique distrayante.  Cet appel fait suite à celui de 1992 regroupant 1700 signataires, dans le contexte du Sommet de la Terre de Rio.

Pour être franche, je ne suis pas une inconditionnelle de Nicole Ferroni, au débit beaucoup trop rapide pour mon cerveau trop lent. Toutefois, curieuse de voir comment on peut rire de ce sujet, je me lance dans l’écoute de sa chronique, que je vous invite vivement à écouter ici.

Je reste scotchée par la quantité d’infos scientifiques présentes dans son texte, à une heure de grande écoute dans cette matinale de radio. Extrait :

« la vie c’est être sur cette planète qui

  • Si elle avait été 4% plus près du soleil aurait été une fournaise comme Vénus
  • Si elle avait été 1% plus loin aurait été glacée comme Mars,
  • Si elle avait été plus petite aurait perdu toute son atmosphère comme Mercure
  • Si elle avait été un peu plus grosse comme Jupiter, elle aurait retenu une atmosphère d’ammoniac et de méthane irrespirable. »

Au catastrophisme du texte de l’Appel initial, Nicole Ferroni oppose la chance de l’humain d’habiter sur cette Terre. Son billet s’achève sur un succès : la disparition du trou de la couche d’ozone et la capacité de l’humain à agir pour sa survie. L’homme peut donc inverser la tendance.

La force de son intervention radiophonique réside en deux points : D’une part, réussir à impliquer l’auditeur en lui rappelant que la nature est plus forte qu’une technologie contemporaine : « Il y a plus de technologie dans une mouche que dans un Iphone, il n’y a pas de panneau photovoltaïque plus efficace que la feuille d’un pauvre géranium ». D’autre part en délivrant un message positif : il faut agir, mais nous en sommes capables.

Cette chronique, singulièrement scientifique pour un billet d’humour, interroge également sur le parcours de Nicole Ferroni. Comment une comédienne s’intéresse-t-elle d’aussi près à la science ? On est souvent pris au piège de nos propres préjugés : non, être comédien ne veut pas dire qu’on n’y connaît rien en sciences, de même qu’être scientifique ne signifie pas être nul en lettres. Nicole Ferroni a enseigné les Sciences et Vie de la Terre plusieurs années, forte de son agrégation dans cette discipline. Dans toutes ses chroniques, l’information est publiquement sourcée (voir son compte Facebook et légende des vidéos youtube) et elle déclare elle-même dans différentes interviews aborder l’actualité comme une scientifique.

Au-delà de son parcours, le traitement du sujet de l’état de notre planète pose question. Un fait : Outre LeMonde, cet appel fut peu relayé par les grands médias, en témoigne son absence totale de traitement lors des journaux télévisés de TF1 et France 2 le 13/11/2017 pour ne citer que ceux-là. Précisons que l’actualité de ce 13 novembre portait sur la date anniversaire des attentats de Paris, hasards du calendrier. Le journal La République des Pyrénées a publié un article sur cet appel scientifique commençant pertinemment par : « cela aurait pu être un coup de tonnerre, ce fut à peine un murmure ». On peut aussi s’interroger sur la façon dont les scientifiques interpellent le grand public et les décideurs sur ces sujets, sous forme d’appel alarmiste (justifié certes, mais efficace ?). Quand bien même la tribune des scientifiques aurait-été plus relayée par les médias, aurait-elle été entendue, écoutée ?

Comme l’écrit François-Guillaume Lorrain, journaliste et écrivain, dans Le Point du 15 Novembre 2017, « Trop d’appels tuent l’appel. […] Faut-il mesurer le renforcement de la menace à l’aune de l’inflation du nombre de signataires ? Combien devront-ils être pour qu’on les entende enfin ? » On constate à quel point le message initial de ces scientifiques nécessite des médiateurs pour en valoriser le contenu.

Ce matin-là, Nicole Ferroni s’est emparée de ce rôle de médiatrice. La matinale de France Inter est suivie quotidiennement par 3.8M d’auditeurs. Le Monde, journal de référence dans lequel a initialement été publié l’appel des scientifiques, affiche 2,42M de lecteurs au compteur. La science a besoin des deux pour être entendue et comprise : oui, il faut publier des choses sérieuses dans des médias de référence, mais les scientifiques ne peuvent pas se contenter de cela s’ils veulent être entendus, voire compris. Le sujet est suffisamment global pour chercher à toucher non seulement les décideurs mais aussi le grand public que nous sommes tous. C’est le rôle des scientifiques mais aussi des médiateurs de faire passer des messages sous différentes formes. Parmi ces formes, l’humour agit en vecteur d’apprentissage plus fort qu’on ne peut le croire.

Nicole Ferroni déclare à ce propos : « je me rends compte que je me sens peut-être plus enseignante aujourd’hui que lorsque j’étais dans l’Education nationale » où elle enseignait les SVT. Sur la même longueur d’ondes, Marion Montaigne, auteure de nombreuses BD humoristiques de vulgarisation scientifique l’affirme:  « La science a un côté intimidant. Mais il n’y a pas besoin d’être professoral pour être exact. Tout le monde peut interroger la science et en rire. Je crois au gai savoir. »

Alors au « il sera bientôt trop tard » des scientifiques, qu’on peut résumer par « nous allons tous mourir », ne vaut-il pas mieux retenir la chance de la vie sur Terre vantée par Nicole Ferroni ? Ouvrons grand les yeux, agissons, et nous y arriverons !

 

 

PS : texte adapté d’un exercice imposé « Fiche 5000 » dans le cadre de ma formation en communication/médiation scientifique,  sur le thème des sciences dans la culture ordinaire.

PPS: verbatim de la chronique:

Hier en ouvrant le journal on pouvait lire ceci : avertissement à l’humanité, deuxième mise en garde. Pour le 1er avertissement ils étaient 1700, aujourd’hui 25 ans plus tard ils sont 15000 scientifiques issus de 184 pays […] pour nous dire « Il sera bientôt trop tard ». […] Regarde comme c’est urgent : car en 25 ans, 1,2 Milliards de km2 de forêts ont disparu […]  80% des insectes ont disparu aussi, les 3 dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Et ils nous disent : « mais humain qu’est-ce que tu fais ? » Tu es né dans une maison splendide avec un frigo plein et tu la saccages alors que tu es le plus chanceux du monde. La science nous dit la vie est un miracle franchement. Gagner à l’euromillion à côté de la probabilité de la vie est d’une banalité consternante, l’euromillion c’est les doigts dans le nez alors que la vie c’est être sur cette planète qui :

  • Si elle avait été 4% plus près du soleil aurait été une fournaise comme Vénus
  • Si elle avait été 1% plus loin aurait été glacée comme Mars,
  • Si elle avait été plus petite elle aurait perdu toute son atmosphère comme Mercure
  • Si elle avait été un peu plus grosse comme Jupiter, elle aurait retenu une atmosphère d’ammoniac et de méthane irrespirable.

Ainsi la fenêtre était infime, […] la vie c’est très rare. Et si encore, elle avait été laide je dis pas…mais la vie est d’une beauté : il n’y a aucune œuvre d’art qui égale la beauté d’un horizon, il y a plus de vérité dans n’importe quel arbre que dans tous les textes qu’on pourra jamais coucher sur le papier qui en est issu et même si on voulait parler de progrès et de sciences, la nature est un génie. Il y a plus de technologie dans une mouche que dans un iphone, il n’y a pas de panneau photovoltaïque plus efficace que la feuille d’un pauvre géranium capable de transformer directement l’énergie solaire en sucre ».

Et nous, avec nos gros sabots d’égo au motif que « oui je suis l’homo sapiens sapiens, je suis l’homme qui sait qui sait », on est là. Et je m’étonne que les scientifiques […]ne nous aient pas dit : mais imbécile, le déluge c’est nous, la 6ème extinction de masse, c’est nous, alors humain tu sais quoi, […] au lieu de te donner de l’appel, je vais te donner de la pelle. Une grande pelle avec un long manche et un aplat métallique bien plat et BIM dans ta gueule. Et si avec des coups de pelle dans la tête tu ne comprends toujours pas, et bien la pelle je la poserai là et tu continueras à faire ce que tu fais déjà très bien, à savoir creuser plus vite ta propre tombe et l’abysse de ta bêtise.

Mais peut-être que si les scientifiques ne font pas ça, c’est qu’ils savent que même si nous sommes le déluge, nous pouvons aussi être la solution, car rectifier le tir, ça nous le savons. Rappelons-nous, dans ce ciel des années 80, cette plaie béante, le trou de la couche d’ozone qui laissait passer UV et cancers de la peau. Mais parce que les humains ont su légiférer par le protocole de Montréal signé par 24 pays pour réduire l’utilisation des CFC chloro-fluoro-carbure (elle dit chloro fluo carborure….) grignoteurs de couche d’ozone. Aujourd’hui à la place du trou il y a une cicatrice comme trace de notre action. Donc on peut, et parce qu’on peut, on doit. […]

                                                        Nicole Ferroni

 

 

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