« Le grand roman des maths » : récalcitrants, ne pas s’abstenir !

« La plupart des gens aiment les maths. L’ennui c’est qu’ils ne le savent pas. »

Je déteste les injustices…Pourquoi les mathématiques sont-elles aussi mal aimées alors même qu’au-delà de leur utilité, elles peuvent s’avérer ludiques, étonnantes, surprenantes voire poétiques ? Alors « le grand roman des maths de la préhistoire à nos jours », ouvrage de Mickaël Launey qui demande à ses lecteurs récalcitrants de donner une seconde chance à cette vaste discipline, ne pouvait que m’interpeller…

Ainsi l’auteur nous raconte-t-il en introduction comment il a caché aux badauds que son stand, au milieu d’un marché de nuit, traitait de maths (origami, magie, énigmes,…). Et quand il dévoile le pot aux roses, on lui balance toujours ceci « oh moi j’ai toujours été nul(le) en maths » ! Il nous invite alors sur les traces des artistes, créateurs, inventeurs, artisans ou curieux qui ont été les premiers poseurs de questions. On embarque avec lui pour un voyage dans le temps et dans le monde sur les chemins de l’histoire des mathématiques, à la manière d’un roman d’aventures. Et au travers cette histoire, c’est une grande partie de l’Histoire de l’humanité et des civilisations qui nous est contée ici. Les mathématiques n’ont pas été « inventées » pour le plaisir de cerveaux complexes, non, mais bien par utilité et pour faciliter la résolution de problèmes parfois très simples, à commencer par le comptage des moutons. Improbable aujourd’hui de penser que les hommes ont vécu sans les nombres.

A ce propos, savez-vous que le nombre est né en Mésopotamie au IVème millénaire avant notre ère, alors qu’à la période de transhumance les bergers remplissaient un récipient de jetons (nommés plus tard « calculi »…) correspondant au nombre de moutons du troupeaux ? Petit à petit, les bergers notèrent avec des symboles spécifiques (différents selon ce que l’on comptait : moutons, vaches, bijoux, …) combien de jetons se trouvaient dans le récipient. Un millénaire plus tard les nombres acquièrent leurs symboles propres, libérant ainsi le nombre de l’objet. L’abstraction ! Et si les maths étaient nées là ? Et l’écriture ?…

Savez-vous qu’un chameau, réputé pour la régularité de sa marche, a participé à établir la circonférence de la Terre en mesurant la distance entre 2 villes égyptiennes dont on connaissait la différence d’inclinaison des rayons du soleil ? Moins de 2% d’erreur pour une mesure du VIème siècle après J.-C., pas mal non ?

Plus tard, c’est au tour de la géométrie de tracer son chemin : science de la mesure de la terre, elle émerge en partageant les territoires, les champs en parts égales, en déterminant le tracé le plus court pour un canal, un chemin. La corde en est l’instrument principal. Dotée de 13 nœuds, devenue outil essentiel du bâtisseur de cathédrales, elle permettra de construire des triangles rectangles.

On pourrait citer mille extraits de l’ouvrage mais vous l’aurez compris, sa force réside dans :

  • sa capacité à nous montrer l’aspect pratique, concret et indispensable des mathématiques qui inondent notre quotidien, qu’on les aime ou non. Répondre à la question « pourquoi apprend-on les maths ? » n’aura jamais été aussi simple !
  • Le mode du récit historique d’aventure, d’hier à aujourd’hui, qui nous embarque sans nous ennuyer une seconde ;
  • Les passerelles entre toutes les disciplines, des mathématiques aux arts, en passant par la philosophie, l’histoire, la physique ou les sciences de la vie et de la terre (spéciale dédicace à la suite de Fibonacci dans la pomme de pin à laquelle je pense désormais à chaque balade en forêt !) ;
  • La clarté de l’écriture et des explications de Mickaël Launey, vulgarisateur hors-pair.

Pour moi, le conte est bon. Et visiblement je ne suis pas la seule conquise puisque le livre a été traduit en 7 langues et vendu en 200 000 exemplaires. Un succès bien mérité qui s’adresse à tous les amateurs de lecture, qu’ils soient allergiques aux mathématiques ou passionnés de la discipline. Convient aussi à la jeunesse, pour les années lycée ou la fin du collège. Bonne lecture.

« Le Grand Roman des maths », de Mickaël Launay (Flammarion, 298 p., 19,90 €).

 

 

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