Vulgarisation: l’art de comparer les grandeurs

Marre de la Tour Eiffel et des terrains de foot! C’est le coup de gueule en humour de cette chroniqueuse de France Inter suite au visionnage d’une émission sur RMC Découverte ( chronique à lire ici ou voir ci-dessous): faut-il inonder son audience de chiffres et de comparaisons pour faire comprendre des ordres de grandeur? Existe-t-il des comparaisons sexistes ? La comparaison, aussi louable soit-elle, sert-elle vraiment le discours du vulgarisateur ? Avez-vous une idée de ce que représente le volume de 9000 camions-citernes ou le poids de 25 tours Eiffel ? Quelques éléments de réflexion….

Vulgariser, c’est mettre à la portée des non-spécialistes des notions, des théories de différents domaines de savoir. Pour cela, on est souvent amené à donner des chiffres : longueur, poids, surface, volume, etc. souvent éloignés de ce qu’on observe dans la vie quotidienne. Et comme les adjectifs sont relatifs, il ne suffit pas de décrire que c’est lourd, grand, ou petit… La comparaison permet alors à son audience de mieux comprendre et de mieux se représenter les ordres de grandeur. Par exemple, s’il s’agit d’introduire le mot « nanomètre », on peut préciser que c’est 30 000 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu !

La comparaison peut-elle être sexiste, comme l’avance la chroniqueuse de France Inter dans l’exemple des comparaisons aux terrains de foot ? Pas de mon point de vue, puisque ce serait présupposer qu’une fille ne saurait se représenter la surface d’un terrain de foot, ce qui me semble tout aussi erroné que de penser que tous les garçons la connaissent par cœur. En revanche, il me semble juste de penser que la plupart des personnes se représentent cette surface suffisamment correctement pour en faire un élément de comparaison des aires.

Extrait de « Mes dinosaures à toucher », des éditions Milan.

Quoi qu’il en soit, cela nous invite à réfléchir sur le public auquel on s’adresse pour trouver une comparaison qui lui parle, une règle de base en médiation, ou « cible » en communication. Par exemple, devant des lycéens, comparer une surface à celle d’une disquette pourrait paraître complètement anachronique ! Du côté des plus petits, inutiles de comparer à quelque chose qu’ils n’auraient jamais vu, ou leur montrer directement l’élément de comparaison (une photo de l’élément désigné avec la taille d’un adulte dessiné à côté par exemple, pour une longueur).

La réaction de cette chroniqueuse « allergique aux chiffres » nous invite également à réfléchir sur la pertinence des chiffres avancés afin de faire réagir le public (effet waouh recherché!) : le nombre d’escalators ou d’ascenseurs du musée du Louvre importe-t-il réellement pour que le public se rende compte de l’immensité du monument et de la richesse des trésors qu’il abrite ? Bref, avant de proposer des nombres à son public ou à son audience, bien s’assurer que ceux-ci servent le discours plutôt que de rebuter les récalcitrants

Par ailleurs, certaines comparaisons s’avèrent franchement ratées, comme celle-ci, extraite du documentaire de RMC Découverte cité dans la chronique : « ses cales contiennent 219 000 tonnes d’or noir, ainsi une fois chargé, le [navire] pèse l’équivalent de 25 tours Eiffel. » Si on se figurait, à la rigueur, la taille de la Tour Eiffel, son poids ne saute pas franchement aux yeux, non ?

Alors à quoi comparer les grandeurs ? Quelques propositions ci-dessous, à adapter éventuellement fonction du public….

  • Les Volumes : une piscine olympique (environ 2500m3), une bouteille d’eau de 1L (1dm3), une cuillère à café (5mL ou cm3), un dé à coudre (2cm3, « si on pressait les uns contre les autres les noyaux des atomes de toute l’humanité, ils occuperaient un volume inférieur à celui d’un dé à coudre », expliquait Frédéric Joliot prix Nobel),…
  • Les Masses : un éléphant (environ 5T), une fourmi (environ 15mg)…Pourquoi pas une baleine bleue (environ 150T) !
  • Les Surfaces : l’Europe (environ 10 millions de km2), le fameux terrain de foot (environ 7250m2), une feuille A4 (6.25dm2), une tête d’épingle (2mm2)
  • Les Longueurs : distance de telle ville à telle ville (selon public 😉), l’incontournable hauteur de la Tour Eiffel (324m), hauteur d’un immeuble de x étages (compter 2.7m par étage), épaisseur d’une feuille de papier (environ 0.1mm)

Bien évidemment, toujours se poser la question de savoir s’il ne vaut pas mieux exprimer la grandeur que l’on souhaite transmettre brute que de se lancer dans une comparaison ubuesque. Et si vraiment vous ne résistez pas à vérifier combien pèse la Tour Eiffel, sachez que son poids total équivaut à 67 baleines bleues ou encore à un troupeau de 2 000 éléphants…Vous voilà bien avancés 😉

PS : n’hésitez pas à ajouter en commentaires ou sur les réseaux sociaux les comparaisons les plus réussies ou les plus ratées, bref une grandeur comparée qui vous a marqué(e) pour enrichir ce billet.

PPS : Merci à Dorothée Barba pour sa chronique et à Cécile Michaut pour ses éminents conseils lors des ateliers de journalisme scientifique suivis au CNAM !

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