Et ton tri sera top*

En cette semaine européenne du développement durable, j’ai eu l’occasion de visiter le centre de tri des déchets ménagers de Toulouse Métropole. Pas très glamour, certes, mais nous produisons tous des déchets (si si) et c’est aussi ça la culture scientifique et industrielle ! Pour moi qui ai vécu quelques années en Norvège où la consigne est de mise sur de nombreux contenants qu’on rapporte à son épicerie, ainsi qu’en Suède où le moindre appartement est équipé de 7 ou 8 poubelles, j’ai encore du mal à comprendre qu’on trie aussi peu sur notre territoire (hyper centre de Toulouse non concerné par le tri !) et aussi mal : 20% en poids des déchets collectés part au rebut. C’est-à-dire qu’après avoir été collectés chez vous, transportés au centre de tri, et re-triés par machines et humains, ces rebuts repartent au centre de traitement des déchets pour être incinérés. Bref, la visite du ventre de tri, que je ne peux que vous conseiller, représente une belle occasion de faire le point sur ses propres connaissances sur le sujet ! Et de prendre conscience que trier, bien qu’indispensable, ne résoudra pas tout…

Pour commencer, quelques bases :

  • Centre de tri : à ne pas confondre avec le centre de traitement des déchets ménagers (et l’incinérateur, pour les déchets de la poubelle ordinaire). Le centre de tri prend en charge la poubelle de tri, bleue à Toulouse et traite aussi les Recup’Verre.
  • Les couleurs des poubelles ne sont pas harmonisées sur le territoire national. Donc là où j’écris poubelle verte (ou ordinaire) ou poubelle bleue (tri) à Toulouse, les vôtres sont peut-être de toute autre couleur.
  • Idem pour les consignes de tri. Les principaux rappels que j’indiquerai dans ce billet concernent Toulouse Métropole. Il est fort possible que les consignes soient différentes dans votre collectivité. Les centres de tri ne sont pas tous équipés des mêmes machines, pas de tri laser à Toulouse par exemple. Le mieux reste donc de se référer aux consignes locales.

Pourquoi ces différences ? Car en 1992, une loi impose aux communes de s’assurer du recyclage de leurs déchets. Des tests sont alors lancés sur le tri, et à Toulouse une première expérience d’envergure a lieu en 2001 dans le quartier des Minimes. Une bonne nouvelle : en 2024, les consignes seront harmonisées. Par contre au centre de tri, ils ne savent pas du tout comment… mais c’est une autre histoire.

Que dire sur les consignes de tri ? Vous les retrouverez toutes sur le web, j’insisterai donc juste sur les points générant de nombreuses erreurs. Et les erreurs coûtent cher en temps, argent et carbone puisque tous les rebuts sont envoyés à l’incinérateur à l’autre bout de la ville…

  • 9 erreurs sur 10 concernent le plastique. A Toulouse, seuls les flacons et les bouteilles en plastiques doivent être jetés dans la poubelle bleue. Aucun autre plastique ne doit y être jeté et j’avoue avoir fait pas mal d’erreurs là-dessus dans l’ignorance de cette précision. L’absence de respect de cette consigne génère un temps de travail et une pollution supplémentaire.
  • Inutile de poser des sacs de déchets à côté des containers pleins Récup Verre ou de containers de tri enterrés. Collectés avec une grue, seuls les containers seront relevés, tout ce qui est à côté partira avec les déchets ordinaires incinérés…
  • Pas de sac, car les machines ne sont pas équipées pour éventrer les sacs qui sont intégralement redirigés vers l’incinérateur. Déposer les déchets en vrac dans votre container.
  • Aucun déchet dont les dimensions sont inférieures au diamètre d’une canette ne sera recyclé. Malheureusement, cela n’est pas précisé dans le guide du tri, mais c’est la réalité : le « crible rotatif » (voir schéma) s’en charge. Trop compliqué de gérer de trop petites pièces manuellement. Pour les bouchons des bouteilles en plastique, le mieux est de les laisser vissés dessus. Valable aussi pour le papier, astuce si vous avez de nombreux petits morceaux de papier : les emballer dans un contenant plus grand du même matériau !
  • Si on a un doute, mieux vaut jeter dans la poubelle verte !

Et la vie quotidienne au centre de tri alors ? Pour la petite histoire, les opérateurs peuvent garder les déchets non recyclés au rebut qui pourraient les intéresser : ce jour-là des poêles par exemple…Un jour de chance, les opérateurs ont trouvé une enveloppe contenant 1000 euros ! Sinon les surprises s’avèrent plutôt désagréables : armes de poing (bloquant toute la chaîne pour appeler les services appropriés), couches sales (et vous n’imaginez pas le trajet de la couche…pour ne parler que de son trajet), peaux ou abats d’animaux lors de fêtes religieuses, tortue vivante, chats écrasés…Dans tous les cas, positions inconfortables, bruit, travail répétitif, absences non remplacées : ici on trie et on trime. Alors pour égayer le tri, musique pour tous avec Chérie FM en boucle.

Chaîne de tri manuelle finale

Et que deviennent nos déchets après le centre de tri ? On ne saura pas tout…En résumé, au terme d’un processus de collecte et de tri impliquant une cinquantaine de personnes et d’énormes machines, le centre produit des « balles » de déchets triés : de gros cubes de bouteilles en plastique vert, ou transparent, ou canettes, ou bouteilles de lait etc. Ces balles sont ensuite revendues à des centres de recyclages. Il paraît que tout est traité à moins de 400km de la ville, sinon le processus n’est écologiquement pas rentable. On a envie d’y croire, mais on n’oublie pas de jeter un œil au reportage d’Hugo Clément sur nos déchets recyclés retrouvés…en Malaisie, à plus de 10 000 km de nos frontières.

Les infos pratiques sur les visites, individuelles, en groupe ou scolaires sont à retrouver sur le site de la mairie de Toulouse . Sur le fonctionnement du centre de tri, je me permets de vous rediriger vers l’excellent dessin de Guillemette ayant visité le même centre quelques mois plus tôt, pour le compte de l’association Zero Waste Toulouse:

Même si vous faites partie des personnes déjà sensibilisées au recyclage des déchets, observer concrètement le trajet de ce qu’on dépose nonchalamment dans la poubelle bleue nous rappelle une chose : que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas.

*titre recyclant le nom de l’association toulousaine du même nom, « Le Tri Sera Top »

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